S’appuyer sur les traces de la mémoire du lieu, reconnaître les qualités environnementales du site et les valoriser : le projet d’aménagement paysager des rives de la Haute-Deûle et d’EuraTechnologies s’inscrit comme un pont entre le passé et l’avenir. Un projet qui met largement en valeur la présence de l’eau dans le quartier. Interview d’Anne-Sylvie Bruel.
Pouvez-vous revenir sur la problématique générale du projet ?
Le projet d’aménagement des rives de la Haute-Deûle est avant tout un programme de reconversion. Il s’agit de transformer l’image du site telle qu’elle existe aujourd’hui, passer d’un site industriel délaissé à un nouveau secteur d’activité tourné vers les nouvelles technologies et largement ouvert au quartier. Parce que nous sommes soucieux de considérer les zones périphériques et de les dynamiser comme des espaces de centre-ville, notre ambition rejoint celle de la ville de Lille : faire de ce quartier un vrai lieu de vie respectueux du site, de son histoire et de ses habitants. Pour nous, l’aspect géographique du site a une très grande importance. Ainsi, le plan d’aménagement urbain a été modifié pour exprimer très fortement la présence de l’eau. Il s’agit à la fois de tirer parti de la présence du Bras de Canteleu et d’amener l’eau sur le site dans une démarche de développement durable avec récupération des eaux pluviales. Les outils de cet aménagement urbain sont directement issus du site ; lors de notre première visite, nous avons été frappés par les distorsions de l’espace entre la taille des usines et les petites habitations ouvrières. Le challenge était de travailler sur ces différences d’échelle dans les choix d’aménagement et de matériaux. Pour synthétiser, la problématique générale est donc de créer un espace contemporain, qui amène une nouvelle dynamique au quartier et où l’eau sera à la fois le témoin des usages passés et un outil de développement vers l'avenir.
En quoi la mise en valeur de la présence de l’eau s’avère être l’élément moteur du projet ?
Nous somme situés ici dans la vallée de la plaine de la Deûle, dans un secteur marécageux, un environnement dans lequel la présence de l’eau est indéniable, tant dans l’histoire du quartier que dans sa confirmation actuelle. Avec notre expérience et notre sensibilité à l’importance des rapports entre l’eau et l’homme dans le façonnage des territoires, nous avons été particulièrement intéressés par le principe de récupération des eaux pluviales à ciel ouvert. Nous allons donc exprimer fortement la présence de l’eau, la faire entrer dans le quartier, la rendre apparente. Cette problématique se traduira par une gestion en surface des eaux pluviales par l’intermédiaire notamment de canaux en eau le long des voies structurantes du quartier et par la création d’un jardin d'eau.
Quels sont les autres grands axes du projet ?
Si la mise en valeur de l’eau est le point principal de notre projet, trois autres grandes orientations se dégagent : faire de l’ensemble Le Blan-Lafont, par sa dimension et l’évocation d’un passé prospère, un lieu de centralité et d’articulation, créer un lien fort vers le quartier du marais de Lomme, géographiquement enclavé entre le canal de la Deûle et le faisceau ferroviaire, créer un axe structurant : une voie Nord-Sud vers le quartier des Bois-Blancs.
Pouvez-vous nous parler plus précisément de l’aménagement du site Le Blan-Lafont ?
Le Blan-Lafont sera le premier site aménagé. Il est conçu comme le cœur d’EuraTechnologies. Concrètement, notre ambition est de jouer sur la hiérarchie des espaces avec une longue place légèrement inclinée qui partira de l’avenue de Bretagne et amènera aux pieds des anciennes usines. Les matériaux utilisés parleront de ces distorsions d’échelle et évoqueront le passé industriel du site avec une alternance de grandes dalles en béton de couleur claire de 2 mètres sur 2 et de petits pavés noirs de 11 centimètres sur 11 en basalte fondu. Aux abords, on retrouvera des espaces de récolte d’eaux pluviales (eaux de la toiture du bâtiment et de l’espace public). Si dans un premier temps, cette place accueillera le stationnement, la création d'autres structures d'accueil pour les véhicules (stationnement en sous-sol par exemple) permettra de libérer l’espace pour créer des pistes cyclables, des parkings pour vélos, de larges trottoirs, des promenades piétonnes, etc. Elle pourra ensuite accueillir de nouveaux équipements accessibles aux habitants du quartier. Sur la façade sud du bâtiment, la grande pelouse initialement programmée est enrichie d'un jardin d'eau, véritable lieu de traitement et de stockage. Innovation majeure : l’eau sera traitée ici par phytoremédiation grâce à l’action d’une végétation particulière plantée sur le site (roseaux notamment). Ce jardin aura ainsi une vocation de détente (circulation sur pilotis, plateformes…) mais également une vocation didactique sur cette problématique de la gestion de l’eau en offrant des espaces d'accueil pour les enfants des écoles et des informations botaniques permettant de comprendre cette facette écologique des nouvelles technologies.
En quelques mots, comment décririez vous le nouveau visage du site quand le projet sera terminé ?
Si je devais décrire ce site dans quelques années, je dirais : des grandes voies ombragées par des frênes qui nous mènent à l’eau, un jardin d’eau luxuriant, une grande plazza qui s’incline vers EuraTechnologies avec beaucoup de piétons… pas de voitures !
L’aménagement paysager des rives de la Haute-Deûle, un projet en 4 axes :
mettre en valeur la présence de l’eau ;
faire de l’ensemble Le Blan-Lafont un lieu de centralité et d’articulation ;
créer un lien fort vers le quartier du marais de Lomme ;
créer un axe structurant : une voie Nord-Sud vers le quartier des Bois-Blancs.
L’atelier de paysages Bruel-Delmar a en charge l’étude et la mise en œuvre du projet d’aménagement des rives de la Haute-Deûle.
Le terme « Bois Blancs » désigne en botanique les arbres des milieux humides tels que les aulnes et les peupliers.
La phytoremédiation (ou phytorestauration, ou bioremédiation par les plantes) est l'utilisation des plantes (et par extension des écosystèmes qui les supportent) pour la dépollution des sols, l'épuration des eaux usées ou l'assainissement de l'air intérieur (définition Wikipédia).