Alors que l’« empreinte écologique » est de plus en plus marquée sur la planète, apparaît la nécessité de repenser le renouvellement urbain de manière durable. Le projet de reconquête des Rives de la Haute Deûle s’inscrit dans cette démarche, qui a été formalisée dans une charte d’objectifs que Martine Aubry, Maire de Lille et Présidente de Lille Métropole Communauté Urbaine, et Yves Durand, Maire de Lomme, signeront prochainement. Une charte que nous explique Pascal Henry, responsable d’opération à Soreli.
Le terme est particulièrement en vogue actuellement, mais qu’entend-on précisément par « quartier durable » ?
Deux terminologies sont utilisées actuellement : « quartier durable » et « éco-quartier ». Cependant, tandis que sur l’habitat la démarche HQE® est labélisée, pour l’urbanisme les notions ne font l’objet d’aucun dépôt légal. En fait, les deux termes sont très proches, même si le terme de « quartier durable » comprend plus la notion d’équilibre entre le social, l’économique et l’environnemental. Toutefois, quelle que soit la terminologie utilisée, c’est une notion qui a émergé notamment grâce à l’association HQE et qui est désormais en plein essor suite au Grenelle de l’Environnement. Le Ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement Durable et de l’Aménagement du territoire travaille désormais activement sur la question en s’intéressant particulièrement aux expériences menées dans d’autres pays de l’Union Européenne. Nous entretenons donc des échanges réguliers avec le Ministère mais aussi les différentes Sociétés d’Economie Mixte en France. A un niveau plus local, Lille Métropole Communauté Urbaine a mis en place une charte d’objectifs stratégiques afin d’inciter les initiatives dans ce sens.
Pourquoi les Rives de la Haute Deûle ont été choisies pour développer un tel projet ?
En 2000, des études préalables à la réhabilitation du quartier des Rives de la Haute Deûle ont révélé des aspects qui allaient dans le même sens que les objectifs du développement de ce que nous appelons aujourd’hui « un quartier durable ». Tout d’abord apparaissait la notion de renouvellement urbain : c’est-à-dire de refaire une ville sur une friche afin d’éviter l’étalement urbain, de réduire les déplacements et de conserver les terres agricoles. Ensuite, ces études préconisaient la mixité fonctionnelle, en mélangeant des activités tertiaires et l’habitat pour favoriser notamment les rencontres. Il y avait également une volonté de créer une plus grande mixité sociale par des logements de toute taille, accessibles à différents niveaux de revenus. Enfin, l’eau, prépondérante dans ce quartier en bord de Deûle construit sur d’anciens marais, était évidemment un facteur à valoriser. En renforçant certaines thématiques, toutes ces réflexions se prêtaient parfaitement à des expérimentations plus poussées vers la notion d’éco-quartier.
Pourquoi une charte d’objectifs ? Quels en sont les enjeux ?
L’emploi des termes « éco » ou « durable » est assez fréquent, mais malheureusement pas toujours justifié. La rédaction d’une charte d’objectifs nous a donc permis de formaliser par écrit les ambitions portées par les élus, ainsi que l’avancement de nos réflexions, et de communiquer auprès des professionnels de l’aménagement et des habitants pour les tenir informés et les impliquer dans notre projet. En regroupant précisément toutes nos ambitions, cette charte nous sert aussi finalement de conducteur. Même si nous tenons absolument à remplir tous nos objectifs, nous évaluerons bien entendu la situation en fonction de nos retours d’expériences. Ce document nous permet donc de faire un point d’étape dans l’avancée de nos projets.
Quels en sont les points clés ?
La charte d’objectifs développe les thématiques fondamentales du projet, à savoir les mixités fonctionnelle et sociale, la densité, la question des eaux pluviales et la consommation d’énergie. Elle détaille aussi la concrétisation de nos ambitions, en développant les thèmes que nous allons nous appliquer à nous-mêmes en tant qu’aménageur, et ceux que nous allons imposer aux promoteurs. Pour tous ceux qui souhaiteraient plus de détails, vous pouvez consulter les panneaux thématiques qui ont été présentés lors des Fêtes des Rives de la Haute Deûle en mai dernier, ou nous contacter directement.
Comment vous positionnez-vous par rapport aux autres expériences de quartiers durables ?
De nombreuses démarches de développement d’éco-quartiers sont en cours dans le monde. Parmi les pionniers, on retrouve par exemple BedZed en Angleterre ou encore le quartier Vauban de Fribourg-en-Brisgau en Allemagne. Ce sont des quartiers très connus, voire touristiques, que nous avons bien entendu visités pour les confronter avec nos idées. S’ils sont impressionnants par leur réalisation, certains en revanche n’ont mis en œuvre que la dimension environnementale, ce qui donne parfois une sorte de ghettoïsation de la population. C’est pour cette raison que, sur les Rives de la Haute Deûle, nous tenons beaucoup au juste équilibre entre le social, l’économique et l’environnemental. En France, de nombreux projets existent, par exemple à Lyon ou à Nantes. Nous sommes peut-être moins en avance que certains pays, mais la notion de mixité sociale est plus souvent intégrée. Nous souhaitons en effet vraiment croiser plusieurs thématiques tout en arrivant à un équilibre réaliste et reproductible.